Le prochain tube de Valérie Lemercier...

Boute mes frites !

< mardi 25 mars 2003 >
Chronique

Après les quolibets sur la « vieille Europe », l'offensive contre la... graisse antique ! On s'était bien avisé, ces derniers temps, qu'il y avait un peu de friture sur la ligne téléphonique qui reliait l'Élysée à la Maison-Blanche. On n'était pas allé jusqu'à prévoir que ces diables de Yankees s'attaqueraient à l'un des fleurons de notre orgueil national, à savoir nos frites ! N'ont-ils pas, des plus unilatéralement, et sans l'aval du Conseil de sécurité (il est vrai que la mayonnaise y serait vite montée), rebaptisé « freedom fries » ce qui, devant l'Éternel et aux yeux du monde entier, passait jusqu'ici pour des « french fries » ? Et ce — car on ne joue jamais impunément avec des pommes allumettes — au risque de mettre définitivement le feu aux poudres ? Certes, dirait notre futur nobel de la paix, il faut raison garder. Le mal, après tout, n'est pas si grand. Il n'est que d'avoir goûté à ces prétendues frites (ce que nous fîmes, un jour, à l'aéroport de Los Angeles) pour savoir qu'elles ne volaient pas toujours très haut et que cette appellation faisait, au bout du compte, plus de honte que d'honneur à notre gastronomie. Mais c'est égal : au-delà du fait, il y a l'intention et la malveillance est ici patente. Des mesures de rétorsion linguistique s'imposent donc, encore faut-il choisir la riposte appropriée. Retirer au coup-de-poing son passeport américain serait contre-productif, à l'heure où il importe de présenter le gendarme du monde comme un cow-boy agressif. Bannir de notre Olympia la moindre vedette américaine le serait tout autant : n'est-il pas opportun de rappeler au contraire à ces prétentieux qu'ils ne constituent pas forcément le clou du spectacle ? S'en prendre, enfin, à la nuit américaine — cette technique d'éclairage, on le sait, qui permet de filmer de jour des scènes d'extérieur en donnant l'impression qu'il fait nuit — ne serait pas plus judicieux : ne reconnaît-on pas bien là les procédés de ce truqueur de Donald Rumsfeld ? Alors ? Le plus simple (et le plus adapté, puisque nous resterions sur le terrain culinaire) serait sans doute d'entériner la variante homard à l'armoricaine, dont nos puristes n'usaient jusqu'à ce jour qu'avec des... pincettes. Qu'attend donc l'Académie pour rayer de ses tablettes le homard à l'américaine ? Jolie façon de dire à Bush : « Bisque, bisque... », non ?