À la fortune du mot

< mardi 6 février 2001 >
Vocabulaire

Qu'on se le dise : la langue française n'a jamais manqué d'air ! Ces locutions sont là pour en témoigner...

L'air des lampions. Au dire des spécialistes, cette façon de scander un slogan sur quelques syllabes rythmées, émises sur une note unique, remonterait à la révolution de 1848. Le peuple de Paris aurait en effet profité de cette dernière pour réclamer, sur un air de polka, un meilleur éclairage des rues.

Avoir un pied en l'air. L'expression, dont usait notamment Mme de Sévigné, se disait autrefois de quiconque s'apprêtait à prendre congé. Que l'on eût toujours un pied en l'air, et l'on passait alors pour une personne remuante, perpétuellement en mouvement, et par le fait même pleine d'entrain.

Avoir un air d'en avoir deux. C'était là une manière plaisante d'indiquer que l'on subodorait l'hypocrisie chez son interlocuteur.

Cracher en l'air. L'équivalent de notre pisser dans un violon, dans la mesure où il s'agit, dans les deux cas, de stigmatiser des efforts totalement inutiles. Avec, en prime ici, l'idée que ces efforts peuvent même se retourner contre vous : le risque est en effet plus grand de voir le crachat vous retomber sur le nez que le trop-plein d'urine vous sauter au visage !

Jouer la fille de l'air. Si chacun connaît bien le sens de l'expression (« fuir, prendre la poudre d'escampette »), on ne sait pas toujours qu'elle tire son origine d'une opérette du XIXe siècle, au cours de laquelle une sylphide — la fille de l'air en question — disparaissait en s'évaporant.

Jouer un air de flûte (ou, de façon plus elliptique, en jouer un air). Il s'agit là encore de « mettre les bouts », les flûtes désignant en argot les jambes, comme le confirme d'ailleurs cette autre locution bien connue : se tirer des flûtes.