« Excessivement »,
l'adverbe qui est souvent... de trop !

< dimanche 11 juillet 2021 >
Chronique

On ne dira jamais assez, dans ces colonnes notamment, combien prendre la parole au micro est un sport dangereux. Surtout quand on jouit d'une certaine notoriété et que l'on est censé maîtriser la langue.

Un exemple parmi cent autres : quand celle que l'on nomme désormais la « première dame » — une concession de plus au modèle anglo-saxon ! — s'est rendue au début de cette année à RTL pour nous confier que son président de mari était « excessivement sensible à la situation des étudiants », beaucoup se sont récriés.

L'épouse du chef de l'État voulait-elle dire par là qu'Emmanuel Macron consacrait à ce sujet trop de temps, au mépris de sa propre santé physique et morale, voire de sa vie de couple ? C'eût été risquer de se voir aussitôt renvoyer dans les cordes, sur l'air trop connu du « tu l'as voulu, tu l'as eu ! ». S'agissait-il bien plutôt d'un jugement politique, insinuant qu'il y avait d'autres causes à défendre et que ces étudiants n'étaient, au fond, pas plus à plaindre que restaurateurs, artistes et soignants ? On lui aurait rappelé que sa charge, des plus officieuses, ne faisait pas d'elle l'exégète attitrée de la pensée jupitérienne...

Le plus simple était encore de plaider le dérapage verbal et la confusion, ô combien fréquente, entre excessivement et extrêmement. Les professionnels de la critique auront évidemment beau jeu de s'étonner qu'une ancienne enseignante de lettres s'y soit elle-même laissé prendre, mais il s'en trouvera d'autres pour souligner que les plus grands écrivains (Balzac et Flaubert les premiers) en ont fait autant, quand bien même le maniement de la plume dans leur cabinet leur eût laissé plus de temps pour y réfléchir que l'entretien radiophonique.

Bornons-nous donc à répéter, pour éviter tout malentendu, qu'extrêmement signifie « très », quand excessivement joue dans la cour du « trop ». Il y a là plus qu'une nuance, ces temps portés à l'exagération dussent-ils participer activement à la méprise. Un exemple valant mieux que de longs discours, nous dirons qu'il est bien naturel, après ce que l'on a vécu, que nous soyons extrêmement impatients de retrouver une vie normale. Mais que nous serions bien inspirés de ne pas l'être excessivement, si nous ne voulons pas affronter une quatrième vague à la rentrée !

En ce qui nous concerne, cette dernière aura lieu le dimanche 29 août. Réservez la date — et non, s'il vous plaît, « Save the date » !)