Quand une tournure française en
cache une autre, anglaise celle-là !

< dimanche 30 juin 2019 >
Chronique

Qui l'eût cru ? L'actualité conspire quelquefois à nous faire réviser notre grammaire... Témoin ces deux faits qui, la semaine dernière, ont défrayé la chronique — pardon : « ont fait le buzz » ! — sur la Toile et ailleurs.

Pas grand-chose à reprocher à ce titre du Parisien : « Plainte contre l'INRA après le décès d'une chercheuse dû à la maladie de Creutzfeldt-Jakob. » Le participe passé se rapporte ici à un nom (c'est bien le décès qui est « dû » à la maladie en question, qui est provoqué par elle). Rien ne va plus, en revanche, dans cette phrase extraite d'une pétition dénonçant la difficulté supposée de l'épreuve anticipée de français, dans les sections S et ES : « Rappelons que la majorité des professeurs invitent leurs élèves à prendre le commentaire dû à la difficulté de la dissertation en poésie et du sujet d'invention. »

Pourquoi ? parce qu'il n'échappera à personne que ce n'est pas, cette fois, le commentaire qui est « dû » à une difficulté, quelle qu'elle soit, mais bien plutôt le fait que les élèves soient incités à le choisir. L'erreur, qui prolifère dans les copies de nos élèves (c'est un ancien professeur de français qui parle) consiste ici à faire de à une locution de cause, au même titre que en raison de, à cause de. Le hic, c'est que cette locution n'existe pas en tant que telle dans notre langue et qu'elle constitue, par voie de conséquence, un authentique barbarisme ! Ce dernier tend d'ailleurs à s'insinuer dans la presse. Qui s'en étonnera dès lors que les journalistes d'aujourd'hui sont, par la force des choses, les élèves d'hier ?

On n'aura pas à chercher très loin l'origine de ce dérapage : comme souvent, il prend sa source de l'autre côté du Channel, où la locution « due to » a, elle, pignon sur rue. Si ces chères têtes qu'une tradition tenace veut blondes n'ont pas toujours la réputation, il s'en faut d'ailleurs de beaucoup, de briller dans le parler de Shakespeare, elles en savent visiblement assez pour polluer leur langue maternelle !

Bel exemple, soit dit en passant, d'anglicisme rampant. On s'insurge, non sans raison, contre ces emprunts sauvages que sont le benchmarking, la newsletter et le process. Mais ce ne sont là que les parties visibles de l'iceberg, lesquelles sont peu de chose en regard de l'immergée, autrement propre à gripper nos rouages syntaxiques et nos us langagiers sans que personne ou presque trouve à y redire...