L'esprit des lieux

< mardi 25 septembre 2001 >
Vocabulaire

Il y a bien longtemps que tous ces noms ont fait le tour du monde, au point de se fondre dans l'imaginaire collectif. Pour autant, connaît-on toujours leur origine ? Jetez un coup d'œil sur ce qui suit avant de vous prononcer à la légère...

New York. La ville, on le sait, s'est d'abord appelée « Nieuw Amsterdam » (Nouvelle-Amsterdam). C'est en l'honneur du duc d'York, futur roi Jacques II à qui Charles II d'Angleterre avait fait don de la colonie, qu'elle sera rebaptisée en 1664, une fois que les Anglais l'auront arrachée aux Hollandais, et ce sans tirer un seul coup de feu : tyrannique et impopulaire, Peter Stuyvesant, le gouverneur d'alors, fut en la circonstance abandonné par ses administrés...

Big Apple. Mais d'où vient ce surnom si trognon, qui colle depuis toujours (ou presque !) à la peau de la cité new-yorkaise ? Si l'on en croit une version qui en vaut bien une autre, cette grosse pomme serait liée au trac — n'évoque-t-on pas en l'occurrence une boule dans la gorge ? — qu'éprouvaient les musiciens appelés à y jouer pour la première fois.

Manhattan. « Île céleste » ou « aux collines » ? Les avis divergent. Ce qui est sûr, c'est que le mot dérive de l'indien Man-a-hat-ta. C'est en effet à des Algonquins que Peter Minuit acheta ce terrain boisé pour quelques colifichets d'une valeur de... 24 dollars d'aujourd'hui !

Wall Street. Ce mur-là n'est pas de ceux, rassurez-vous, contre lesquels les malheureuses victimes d'une débâcle boursière iraient se taper la tête : si la rue du Stock Exchange porte ce nom, c'est plus simplement parce qu'elle a été aménagée, en 1700, sur l'emplacement d'une ancienne palissade, élevée en 1653 par le déjà nommé Peter Stuyvesant pour se protéger à la fois des Indiens et des Anglais...

Harlem. Un vestige de plus, parmi beaucoup d'autres, de la présence hollandaise au sein de la toponymie new-yorkaise d'aujourd'hui. C'est en effet en 1658 que le futur quartier noir fut fondé, sous le nom de « Nieuw Harlem », par des colons venus des Pays-Bas. De la même façon, le fameux Broadway porta d'abord le nom ô combien néerlandais de « Breede Wegh »...

Times Square. Ce haut lieu de Manhattan, l'un des plus chauds de la cité, n'en doit pas moins son nom au vénérable New York Times, qui y installa son siège en 1904. Il est vrai qu'à cette époque sex-shops et instituts de massage n'avaient pas encore pris d'assaut un secteur qui, à la fin du XIXe siècle, avait tout d'abord été baptisé Long Acre : comme dans le quartier londonien du même nom, on y trouvait avant tout selleries et écuries de louage...

SoHo. Rien à voir, en dépit des apparences, avec le Soho londonien, dont le nom évoquait le cri de rappel des chiens après l'hallali : le hameau en question n'avoisinait-il pas un pavillon de chasse ? À New York, il s'agirait bien plutôt d'une espèce de mot-valise, qui signifie SOuth of HOuston Street. Non loin de là, le quartier à la mode de TriBeCa obéit à la même logique : il faut comprendre TRIangle BElow CAnal Street !

Empire State Building. On sait tout de ce bâtiment qui, depuis quelque quinze jours, est redevenu de fait le point culminant de la ville. Sauf, peut-être, qu'il doit son nom à l'État de New York, surnommé de longue date Empire State. La petite histoire veut que ce célébrissime immeuble ait été surnommé Empty State Building (« le gratte-ciel vide ») par la population new-yorkaise quand, à l'époque de la grande récession, il resta quasiment inoccupé durant de longues années !