ON EN PARLE

Pourquoi faire simple...

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Numéro 491
décembre 2020-janvier 2021

... quand on peut faire compliqué ? C'est la question que l'on se pose, dans son apparent paradoxe, en entendant, quasi chaque jour, ce qui se dit dès que se tend un micro. Enfin... c'est le questionnement que l'on se pose, pour rester fidèle au jargon que se croit obligé d'adopter tout expert appelé à « causer dans le poste ». Vous ne voudriez pas que l'on y jacte comme le premier entré au café du Commerce ?

Eh bien, parlons-en, de ce questionnement lourdingue et inesthétique. Non pour l'excommunier : il fait après tout partie des évangiles selon saint Robert et sainte Larousse. Mais bien plutôt pour le confiner (lui aussi !) dans ses strictes attributions : celles que l'on se doit de reconnaître à un « ensemble de questions », comme au fait de les poser dans le cadre d'un processus global et mûrement réfléchi. Pour être tout à fait net, un questionnement ne se pose pas : il s'élabore, avant de se conduire. Mais le moyen de renoncer, aux étranges lucarnes surtout, à un mot qui en impose et vous vaudra, à lui seul, le respect teinté d'admiration des foules panurgiennes ?

Car c'est bien là qu'est le problème. Enfin... le souci, celui-ci a aussi remplacé celui-là, au point d'ailleurs d'être « posé » comme lui (« ça me pose un souci », je vous demande un peu : vous le posez là, sur la table, comme rêvait de le faire Bécaud dans Un peu d'amour et d'amitié ?). Bon, passons. Le hic, on va dire, c'est qu'à côté de la propension du vulgaire à tout raccourcir, décrite par le linguiste Bernard Cerquiglini dans son ouvrage sur l'apocope, Parlez-vous tronqué ? (Larousse), il en est une autre qui prétend tout rallonger car, au risque de paraphraser Molière, « du côté du barbant est la toute-puissance » : plus indigeste c'est, plus profond cela paraît !

C'est ainsi que le problème que nous évoquions s'est effacé devant la problématique. Cela fait plus riche, non ? Et aussi plus long, dans les dissertations de nos chères têtes présumées blondes, promptes par nature à tirer à la ligne. Que, de même, et jusque dans nos classes du second cycle des lycées, il n'est plus question que de méthodologie, là où souvent une simple méthode eût suffi à nos (modestes) ambitions. Mais quitte à ne pas en avoir (de méthode !), autant que le mot, par son volume, nous fasse sentir ce que nous perdons ! Et tant pis si cette méthodologie-là, « étude des méthodes » comme le rappelle le suffixe -logie (« discours, science »), a un tout autre sens. Se retourne-t-on encore sur ceux qui, des trémolos dans la voix, nous vendent leurs nouvelles technologies ? Que nenni, et c'est bien dommage : il n'est pas impossible que de nouvelles techniques, pour impressionner moins, nous eussent coûté moins cher.

Las ! il en va des mots comme des choses : le papier vaut autant, sinon plus, que ce qu'il emballe...