Plouc plouc tralala,
voilà c'qu'on chante,
voilà c'qu'on chante...

< dimanche 30 octobre 2016 >
Chronique

Nicolas Sarkozy n'a donc en rien traité ses partisans de ploucs — avouons que c'eût été suicidaire ! —, il aurait seulement voulu dénoncer le regard souvent condescendant que portent les journalistes sur son électorat.

Dont acte. À présent que tout le monde respire mieux (on commençait à trouver la Cour des Miracles pleine, après les « veaux » de Charles et les « sans-dents » de François), plus rien ne s'oppose à ce que l'on fasse un sort au plouc en question : d'où nous vient celui-là, et en quoi se distingue-t-il des péquenaud, pedzouille et cul-terreux que, dans sa légendaire prodigalité, notre lexique met à notre disposition pour moquer notre prochain ?

Il est heureux que l'ancien chef de l'État ait, sans tarder, trouvé à désamorcer le mauvais procès qui lui était fait car c'est à une nouvelle insurrection de bonnets rouges qu'il aurait, à terme, vraisemblablement eu droit : la légende étymologique veut en effet que le plouc nous vienne de l'Ouest ! Le nom de plus d'une localité d'Armorique commençant par Plou- (Plougastel, Plouagat, Plouhinec), les Parisiens de la fin du XIXe siècle en auraient tiré prétexte pour baptiser de la sorte les nombreux Bretons (quelque deux cent mille, selon certaines sources) venus s'installer dans la capitale. Ne parlant qu'approximativement la langue, ces derniers offraient une image qui hésitait entre le fruste et le rustre, d'où le qualificatif, des moins flatteurs, qui nous retient aujourd'hui.

Il ne faisait là que rejoindre l'imposante cohorte des mots péjoratifs qui se sont toujours attachés au paysan mal dégrossi, de quelque origine géographique qu'il soit. Ce monde est sans pitié, faut-il le rappeler ?

Au demeurant, l'étymologie en question est suffisamment incertaine pour que l'honneur des descendants d'Astérix soit sauf. On aura beau jeu d'observer que le plouc sévit aussi en Wallonie, sous la forme d'un soldat sans grade. En outre, l'anglais et l'allemand plump, le néerlandais plomp, renvoient probablement, pour le Dictionnaire historique de la langue française, à un verbe d'essence onomatopéique exprimant une chute accompagnée d'un bruit sourd. Ploum et plouc, même combat ?

Tout ce qu'espère l'ancien président qui aspire à devenir le nouveau, c'est que cette polémique fera rapidement... plouf (le pschitt, il le laisse à son « ami » Chirac) !